Les Kurdes syriens seraient-ils menacés d’extermination par l’Émirat islamique ?...

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Les Kurdes syriens seraient-ils menacés d’extermination par l’Émirat islamique ?...

Message  Silver Wisdom le Mer 22 Oct - 12:15

Les Kurdes syriens seraient-ils menacés d’extermination
par l’Émirat islamique ?...


À Kobané et dans sa région,
où plus de 300 000 Kurdes syriens sont menacés d’extermination par l’Émirat islamique,
chacun peut mesurer la duplicité de l’Otan. Alors que la Coalition états-unienne déclare lutter
contre l’Émirat islamique, un membre de l’Otan, la Turquie, lui fournit l’assistance militaire
et médicale dont il a besoin, empêche les civils de fuir et les combattants du PKK de venir à leur aide.



~ Kobani un piège ? (Irib via Résistance 71) ~

Dans le théâtre antique grec, chaque spectateur connaissait à l’avance la fin tragique de la pièce. Les personnages, aveuglés par les Dieux, poursuivaient en actes ce qu’ils prétendaient rejeter en paroles. Mais le chœur révélait aux spectateurs les projets du Destin. La tragédie qui se joue à Kobané (en arabe Aïn al-Arab) a été écrite pour se clore par le génocide annoncé de 300 000 Kurdes syriens. L’Émirat islamique a déjà pris le contrôle de plusieurs quartiers de la ville et de nombreux villages alentour. Si l’Armée arabe syrienne ne parvient pas à franchir les lignes de l’Émirat islamique pour les sauver, ils seront tous massacrés. La population kurde est défendue par le PYG (parti autonomiste soutenant la République arabe syrienne), mais la Turquie a fermé sa frontière de sorte que les civils ne peuvent pas fuir et que les renforts du PKK turc (parti indépendantiste lié au PYG) ne peuvent arriver. Les forces kurdes sont commandées par Mahmoud Barkhodan, assisté de Narine Afrine (de son vrai nom Mayssa Abdo). Le choix d’une femme comme commandant en second a semé la panique au sein de l’Émirat islamique, les jihadistes étant convaincus qu’ils ne peuvent entrer au paradis s’ils sont tués par une femme. Face à la résistance kurde, l’Émirat islamique a transféré l’essentiel de ses forces en Syrie pour écraser Kobané.

Selon notre analyse, maintes fois répétée dans ces colonnes et dans de nombreuses émissions de radio et de télévision en Amérique latine, en Russie et dans le monde musulman, l’Émirat islamique est une création des États-Unis chargée de nettoyer ethniquement la région de manière à pouvoir la remodeler. Chacun peut constater que les déclarations lénifiantes des dirigeants états-uniens sont démenties par leur action militaire sur le terrain, non pas contre, mais en faveur de l’Émirat islamique. La Coalition a procédé à six vagues de bombardements à Kobané. Elle n’a jamais ciblé des positions de l’Émirat islamique et ne lui a causé aucune perte. Elle tient par contre à distance, plus au Sud et à l’Ouest, l’Armée arabe syrienne qui ne parvient pas à ouvrir une brèche pour sauver la population. Le Gouvernement régional du Kurdistan irakien (pro-Israélien) refuse d’aider les Kurdes syriens, avec lesquels il est en conflit depuis longtemps. Il argue de ne pas avoir d’accès direct à la Syrie pour justifier sa passivité.


~ Pour le moment, il n’y a pas de solution en vue pour sauver Kobané... (Laurent Lagneau, Zone Militaire) ~

Membre de l’Otan, la Turquie refuse de porter assistance aux populations menacées de génocide tant que les Kurdes syriens ne renoncent pas à leur statut autonome en Syrie et qu’ils ne rejoignent pas le combat de l’Otan contre la République arabe syrienne et son président élu Bachar el-Assad. Selon les combattants du PYG, la Turquie fournit quotidiennement des armes à l’Émirat islamique et accueille ses blessés dans ses hôpitaux, alors que eux-mêmes ont les plus grandes difficultés à acheminer les blessés kurdes en Turquie pour y être soignés. En Turquie, le groupuscule islamiste kurde Hür Dava Partisi (anciennement dénommé Hezbollah de manière à créer une confusion avec la résistance libanaise) est entré en guerre contre le PKK (parti kurde majoritaire dans le pays). Le Hüda-Par (abréviation du Hür Dava Partisi) est soutenu en sous-main par l’AKP du président Recep Tayyip Erdoğan à la fois pour lutter contre l’indépendantisme kurde et pour soutenir les Frères musulmans.

Le 30 août, un leader de l’Émirat islamique, Hikmet, et deux de ses gardes du corps ont été tués par le PKK à Istanbul où ils séjournaient à l’invitation du Hüda-Par et sous la protection de la police turque. Dans un SMS envoyé à tous ses militants, le PKK a donné instruction d’éliminer physiquement tous les membres du Hüda-Par, accusés de travailler pour le gouvernement turc et d’aider l’Émirat islamique. Établissant une comparaison avec le massacre de Srebrenica (Yougoslavie, 1995) l’émissaire spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, a mis en cause le 10 octobre la responsabilité turque en cas de chute de Kobané et de génocide de sa population. Il a exigé vainement que la Turquie ouvre sa frontière. Le chef de la Coalition états-unienne, le général John Allen, a également publiquement sommé la Turquie d’ouvrir sa frontière et d’empêcher le génocide des Kurdes de Kobané. Toutefois, il ne semble pas que le refus turc ait altéré les relations entre Washington et Ankara, bien au contraire.


~ Kobani, Turkey and the Perfect Storm (Panton Echthiston, Couterpunch) ~

Marie Hélène Miauton a écrit:
(...) Ainsi, malgré l’urgence, rien de concret ne sera entrepris, ce qui prouve encore une fois combien la conscience internationale est à géométrie variable. Pourtant, le danger que représente l’EI, ses méthodes, sa barbarie face aux populations civiles, son embrigadement de jeunes de nos contrées prêts à revenir y semer la terreur, devrait susciter des actes au lieu des bavardages. D’ailleurs, la composition de la coalition signe d’emblée son inefficacité. On y trouve, auprès du gendarme américain, les nations occidentales flanquées des principaux pays arabes, dont les amis inavoués de l’EI qu’il s’agirait de combattre. Quant aux Etats-Unis, on peut douter de leur bonne foi quand on entend John Kerry affirmer qu’au bout du compte « ce sera aux Irakiens de reprendre l’Irak ». Après avoir fait de ce pays ce que l’on sait, l’avoir attaqué par deux fois, affamé, détruit ses structures et démantelé son armée, cette phrase ne manque pas de cynisme.

Mais le pire vient de la Turquie qui joue un double jeu évident dans ce conflit. Pour elle, la fin des Kurdes de Syrie permettrait de résoudre son problème de frontières au sud. Pour cette raison-là au moins, à laquelle s’ajoute sa détestation de Bachar el-Assad, elle est un soutien objectif de l’EI. Erdogan a beau jeu de prétendre que ceux qui l’incitent à s’engager sont de « nouveaux Lawrence d’Arabie qui se cachent derrière la liberté de la presse, la guerre d’indépendance ou le djihad ». Quel culot de la part d’un membre à part entière de l’OTAN, dont il était même question qu’il rejoigne l’UE, perspective sans doute écartée pour longtemps. Avoir démasqué l’ami turc sera sans doute le seul effet collatéral positif du chaos qui règne au Proche-Orient.


~ Kobané Par Marie Hélène Miauton (Le Temps via Le Blog à Lupus) ~

Le nouveau ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a affirmé que son pays n’interviendrait pas tant que la Coalition formée par les États-unis contre l’Émirat islamique (et dont la Turquie fait partie) ne déciderait pas d’imposer une zone d’exclusion aérienne au nord de la Syrie et ne se donnerait pas pour objectif de renverser la République arabe syrienne. Au demeurant, le Parlement turc a autorisé son gouvernement à combattre à la fois l’Émirat islamique et le PKK. Recevant M. Çavuşoğlu à Paris, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a appuyé l’idée de la création d’une « zone de sécurité » au Nord de la Syrie, sans préciser ce qu’il entendait exactement par là, mais soulignant son accord avec la Turquie.

La France, également membre de l’Otan, fournit directement des armes au Gouvernement régional séparatiste du Kurdistan irakien, sans autorisation du Gouvernement central irakien. Le Gouvernement régional du Kurdistan irakien a étendu son territoire de 40 % de manière coordonnée avec l’Émirat islamique lorsque celui-ci s’emparait de la zone arabe sunnite irakienne. Durant les années précédentes, la France soutenait politiquement le PKK turc (pro-Syrien), elle aide désormais militairement le Gouvernement régional du Kurdistan irakien (pro-Israélien). Actuellement, l’espace aérien au Nord de la Syrie est contrôlé par la Coalition menée par les États-Unis. L’Émirat islamique dispose d’avions (des Mig volés à la Syrie et des F-15 volés à l’Irak), mais n’a que peu de pilotes et de personnel technique pour les utiliser. La création d’une zone d’exclusion aérienne par l’Otan en territoire syrien, outre qu’elle constituerait une violation flagrante du droit international, n’aurait donc aucune incidence sur les combats en cours.


Le grand mensonge de l’État islamique... (Prof Michel Chossudovsky, Global Research)

Eric Schmitt, The New York Times a écrit:
(...) Des agents de la C.I.A. opèrent en secret dans le sud de la Turquie, aidant les alliés à décider quels combattants de l'opposition syrienne à la frontière recevront des armes pour lutter contre le gouvernement syrien... Les armes, y compris des fusils automatiques, des grenades propulsées par fusée, des munitions et des armes antichars, sont acheminés essentiellement à travers la frontière turque par le biais de nébuleuses terroristes, y compris les Frères musulmans de Syrie, payé par la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar... L'administration Obama a déclaré qu'elle ne fournissait pas d'armes aux rebelles, mais il a également reconnu que les pays voisins de la Syrie le feraient. (...)

~ ISIS, Turkey, and the Propaganda of Intervention (Eric Draitser, Activist Post) ~

L’idée de la création d’une zone de non-survol en Syrie a été promue par Israël qui y voit un moyen de démembrer à terme ce pays, sur le modèle de ce qui fut fait de 1991 à 2003 en Irak (au profit de l’actuel Gouvernement régional du Kurdistan). Cependant, la seule comparaison valable doit être faite avec la zone tampon imposée en 1983, durant la guerre civile libanaise. Ressentie comme une recolonisation ouverte du Liban, elle tourna au fiasco après l’élimination de 300 soldats états-uniens et français. En Turquie, le PKK multiplie les manifestations pour contraindre le gouvernement Erdoğan à rouvrir la frontière. 31 personnes ont déjà été tuées par la police durant la répression de ces manifestations. La seule question est de savoir combien de temps encore les Kurdes syriens pourront résister seuls aux jihadistes armés et financés par les États-unis en vertu d’un vote du Congrès, réuni en séance secrète en janvier 2014. En d’autres termes : quand Washington et ses alliés parviendront-ils à faire nettoyer ethniquement le Nord de la Syrie par leur créature, l’Émirat islamique ?

Thierry Meyssan

Source de l'article :
Washington parviendra-t-il à faire nettoyer ethniquement le Nord de la Syrie ? (Réseau Voltaire)


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Turcs, Kurdes, Américains et l'énigme de Kobané...

Message  Silver Wisdom le Mer 29 Oct - 11:25

Turcs, Kurdes, Américains et l'énigme de Kobané...

En ce début du XXIe siècle, les barricades derrière lesquelles se postent
les femmes de Kobané sont à la ligne de front de la lutte contre le fascisme.




Thierry Meyssan a écrit:
La nouvelle alliance entre la Turquie et la France porte-t-elle uniquement sur des questions économiques, voire sur l’entrée dans l’Union européenne, ou est-elle proprement politique ? Dans ce cas, Paris doit-il couvrir la politique d’Ankara quelle qu’elle soit ? Ce soutien va-t-il jusqu’à celui de génocides ? (...) Ankara a tenté par le passé de liquider les Kurdes du PKK. Beaucoup ont fui vers la Syrie. Le président el-Assad leur a donné la nationalité syrienne, au début de la guerre, et les a armés afin qu’ils défendent le territoire national. Au contraire, pour Ankara, leur massacre serait une bonne nouvelle, et Daesh pourrait faire ce sale boulot... (...)

~ Pour Ankara, le massacre est-il une option politique ? (Réseau Voltaire) ~

Commençons par parler du Rojava, qui correspond aux trois provinces en majorité kurdes du nord de la Syrie. Le Rojava propose un « modèle révolutionnaire » qui remet en cause « l’hégémonie du système capitaliste d’État-nation », ce qui dépasse de loin « sa signification régionale pour les Kurdes, pour les Syriens ou pour le Kurdistan ». Aïn al-Arab ou Kobané est une ville dans le nord de la Syrie, actuellement le Kurdistan syrien, située à la frontière turque. Kobané, une région agricole, est à l’épicentre de cette expérimentation non violente de la démocratie, rendue possible en vertu d’une entente entre Damas et le Rojava (vous n’appelez pas à un changement de régime, nous vous laissons tranquilles).

Taimoor Aliassi a écrit:
(...) La ville et région de Kobané est l’un des trois cantons de Rojava, qui constituent désormais le Kurdistan syrien autonome. Cet ensemble institutionnel a été créé en 2012 suite au retrait de l’armée de Bachar el-Assad. Directement inspiré du modèle suisse, doté d’une constitution, il repose sur un système laïque, avec à sa tête une coprésidence composée d’une femme et d’un homme. Le kurde, l’arabe et l’assyrien en sont les langues officielles, tandis que 40% de ses forces militaires sont composées de femmes. Ce système pluraliste, original, où la mosquée est clairement séparée de l’Etat, où les femmes sont respectées et où les chrétiens, les Yézidis et les Assyriens vivent en bonne intelligence, est perçu comme une menace par les islamistes de l’EI et ceux de l’AKP (le parti au pouvoir d’Erdogan, ndlr). Les djihadistes de l’EI ont lancé le 16 septembre une vaste offensive pour prendre Kobané, s’emparant sur leur chemin de quelque 70 villages et contraignant 300 000 personnes à la fuite, dont plus de 200 000 se sont réfugiées en Turquie et des milliers en Irak.

Quant aux dirigeants turcs, ils semblent préférer l’EI aux Kurdes. Ils viennent en effet de mettre fin à une trêve de 18 mois en attaquant les bases militaires kurdes tenues par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans la province de Hakkari (Kurdistan turc). Rappelons au passage que la Turquie est constituée d’environ 20 millions de Kurdes, soit près de 25% de sa population totale. La situation actuelle aurait pu être une opportunité, pour Ankara, d’améliorer ses relations avec le peuple kurde, et par là de résoudre la question kurde. Or, elle voit au contraire d’un très mauvais œil l’installation d’une région autonome kurde en Syrie dirigée par le Parti d’union kurde (PYD), proche du PKK. (...)


~ Kobané, le «Stalingrad» du Moyen-Orient, et le rôle odieux d’Ankara (Le Temps via Le Blog à Lupus) ~

Au Rojava, les décisions sont prises par des assemblées populaires multiculturelles et multiconfessionnelles. Les trois principaux dirigeants de chaque municipalité se composent d’un Kurde, d’un Arabe et d’un Assyrien ou d’un Arménien chrétien, l’un d’eux devant être une femme. Les minorités non kurdes ont leurs propres institutions et peuvent s’exprimer dans leurs propres langues. Parmi une myriade de conseils formés de femmes et de jeunes se distingue une armée féministe, qui fait de plus en plus parler d’elle : la milice YJA Star (« Union of Free Women »), l’étoile (Star) faisant référence à l’ancienne déesse mésopotamienne Ichtar. La charge symbolique est on ne peut plus manifeste. L’armée d’Ichtar (Mésopotamie) combat l’armée de l’EIIS (dont l’acronyme anglais ISIS correspond au nom de la déesse égyptienne Isis), qui s’est métamorphosé en califat intolérant. En ce début du XXIe siècle, les barricades derrière lesquelles se postent les femmes de Kobané sont à la ligne de front de la lutte contre le fascisme.

Inévitablement, quelques lignes parallèles pourraient être tracées entre les Brigades internationales qui luttaient contre le fascisme en Espagne en 1936 et ce qui se passe au Rojava, comme le souligne l’article Why is the world ignoring the revolutionary Kurds in Syria ? (The Guardian) un des rares sur le sujet à être publié dans les médias grand public occidentaux. Si ces éléments ne suffisaient pas à rendre fous les wahhabites profondément intolérants (et leurs puissants partenaires du Golfe bourrés de pétrodollars), il y a aussi la réalité politique mondiale. Le combat au Rojava est essentiellement mené par le PYD (Partiya Yekîtiya Demokrat ou Parti de l’union démocratique), qui est la branche syrienne du PKK turc (Partiya Karkerên Kurdistan ou Parti des travailleurs du Kurdistan), le mouvement de guérilla marxiste en guerre contre Ankara depuis les années 1970. Washington, Bruxelles et l’OTAN, sous la pression continuelle de la Turquie, ont toujours officiellement classé le PYD et le PKK comme terroristes. Une lecture attentive de Confédéralisme démocratique (Confédéralisme démocratique, par Abdullah Ocalan, première édition, 2011), le livre du chef du PKK Abdullah Ocalan qu’il faut absolument lire, démolit l’équation qui en fait un terroriste stalinien (Ocalan est confiné dans l’île-prison d’Imrali depuis 1999).


~ Le nouveau projet d’Erdogan pour sauver l’EIIL (Nasser Kandil, Global Research) ~

Ce à quoi le PKK et le PYD aspirent, c’est le municipalisme libertaire. En fait, c’est exactement ce que le Rojava tente d’implanter : des communautés autonomes qui pratiquent la démocratie directe en s’appuyant sur des conseils, des assemblées populaires et des coopératives gérées par des travailleurs, que défendent des milices populaires. Le Rojava se trouve ainsi à l’avant-garde d’un mouvement mondial favorisant l’économie et la démocratie fondées sur la coopération, dont l’objectif ultime serait de s’éloigner du concept de l’État-nation. Outre cette expérimentation politique en cours dans le nord de la Syrie, sur le plan militaire, ce sont les combattants du PKK et du PYD qui ont secouru ces dizaines de milliers de Yazidis qui étaient encerclés par l’EIIS/EIIL/Da’ech sur les hauteurs du mont Sinjar, et non pas les bombes américaines comme on l’a prétendu. À l’heure actuelle, comme l’indique la coprésidente du PYD, Asya Abdullah, ce qu’il faut, c’est un corridor pour briser l’encerclement de Kobané par les brutes du calife Ibrahim.


Source Vidéo : Stop Kobané!

De son côté, Ankara semble être résolu à poursuivre sa politique d’avoir beaucoup de problèmes avec nos voisins. Pour le ministre turc de la Défense Ismet Yilmaz, la principale cause de la présence de l’EIIS, c’est le régime syrien. N’étant pas en reste, le Premier ministre Ahmet Davutoglu, à qui l’on doit la doctrine zéro problèmes avec nos voisins, aujourd’hui morte et enterrée, a souligné à maintes reprises qu’Ankara n’interviendra sur le terrain à Kobané pour défendre les Kurdes que si Washington présente un plan post-Assad. Puis il y a ce personnage plus grand que nature, le président turc Tayyip Erdogan, alias le sultan Erdogan. Les conditions du sultan Erdogan sont bien connues. Les Kurdes syriens devront lutter contre Damas sous le commandement de cette fiction nulle qu’est l’Armée syrienne libre reconstituée (dont l’entraînement se fera en Arabie saoudite, rien de moins). Ils devront abandonner toute forme d’autonomie. Ils devront soutenir béatement la demande de la Turquie à Washington, qui est de créer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie ainsi qu’une zone frontalière sécurisée en territoire syrien. Le PYD et Washington ont tous les deux rejeté ces demandes et il n’y a pas de quoi s’étonner. Le sultan Erdogan rêve de reprendre le processus de paix avec le PKK, mais en position de force. Sa seule concession jusqu’ici a été d’autoriser les peshmergas kurdes irakiens à entrer dans le nord de la Syrie pour faire contrepoids aux milices du PYD et du PKK, et ainsi éviter le renforcement de l’axe kurde anti turc.

Le sultan Erdogan sait aussi que l’EIIS/EIIL/Da’ech a déjà recruté pas loin de 1 000 titulaires de passeport turc. Un autre de ses cauchemars est que le mélange toxique en Syrak finisse tôt ou tard par déborder les frontières jusqu’en Turquie. Les barbares sont aux portes. Les brutes du calife Ibrahim ont déjà télégraphié leur intention de massacrer ou de réduire en esclavage la population civile au complet de Kobané. Pourtant, cette ville n’a aucune valeur stratégique pour l’EIIS/EIIL/Da’ech (c’est d’ailleurs ce qu’a dit le secrétaire d’État américain John Kerry la semaine dernière, avant de se rétracter comme on pouvait s’y attendre). Le commandant du PYD est très convaincant, mais il n’en demeure pas moins conscient de la menace que représente l’EIIS/EIIS/Da’ech. Kobané n’a pas une importance capitale comme Deir ez-Zor (avec son aéroport qui permet de ravitailler l’Armée arabe syrienne) or Hassaké (où se trouvent des champs pétrolifères contrôlés par les Kurdes avec l’aide de l’Armée arabe syrienne). Kobané n’a ni aéroport, ni champs pétrolifères. Il faut dire toutefois que la chute de Kobané serait un excellent coup de relations publiques pour les brutes du calife, car elle renforcerait l’impression qu’elles forment une armée victorieuse, notamment auprès des nouvelles recrues potentielles titulaires de passeport de l’UE. Elle leur permettrait aussi d’établir une base solide tout près de la frontière turque.

Peter Van Buren a écrit:
(...) Tel est le Moyen-Orient aujourd'hui. Les États-Unis sont de nouveau en guerre là-bas, bombardant librement l'Irak et la Syrie, conseillant ici, utilisant des drones là, formant une coalition à partir d'alliés récalcitrants, et cherchant désespérément des bottes non-américaines à mettre sur le terrain.  Voici donc sept scénarios du pire dans une partie du monde. Après tout, avec toute cette puissance militaire dans la région la plus instable de la planète, qu'est-ce qui pourrait mal tourner? (...)

~ Seven Bad Endings to the New War in the Middle East (Tomdispatch) ~

Pour l’essentiel, le jeu du sultan Erdogan consiste à combattre à la fois Damas (à long terme) et les Kurdes (à moyen terme), en laissant le champ libre (à court terme) à l’EIIS/EIIL/Da’ech. Sauf que si l’on regarde un peu plus loin, il faut donner raison à Fehim Tastekin : l’entraînement des rebelles syriens modérés fictifs en Arabie saoudite finira inévitablement par la pakistanisation de la Turquie. Comme si les choses n’étaient pas suffisamment embrouillées, voilà maintenant que Washington fait volte-face et renie son dogme à propos des terroristes en parlant maintenant avec le PYD. De quoi causer un nouveau mal de bloc au sultan Erdogan. La nature des tractations entre Washington et le PYD n’est pas encore déterminée. Mais certains faits sur le terrain ne trompent pas : plus de bombes et plus de largage de matériel par les USA. Il convient toutefois de ne pas prendre à la légère un élément important. Dès que Washington a plus ou moins reconnu le PYD, son chef, Salih Muslim, a rendu visite à Massoud Barzani, le chef rusé du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK). C’est à ce moment que le PYD a promis un partage du pouvoir au Rojava avec les peshmergas de Barzani.

Les Kurdes syriens forcés d’abandonner Kobané et de s’exiler en Turquie, qui soutiennent le PYD, ne peuvent retourner en Syrie. Les Kurdes irakiens eux, peuvent aller et venir sans problème. Cet accord louche a été négocié par le chef du service du renseignement du GRK, Lahur Talabani. Point crucial, le GRK s’entend très bien avec Ankara. Cela permet de mieux saisir encore le jeu d’Erdogan. Il souhaite que les peshmergas, qui sont les ennemis jurés du PKK, tiennent le haut du pavé dans la lutte contre l’EIIS/EIIL/Da’ech, pour mieux saper l’alliance PYD/PKK. Là encore, la Turquie oppose Kurdes contre Kurdes. Pour sa part, Washington manipule Kobané pour légitimer sa croisade contre l’EIIS/EIIL/Da’ech (n’oublions surtout pas que tout a commencé par un déluge de baratin à propos du Khorasan, ce groupe fantomatique bidon qui s’apprêtait à refaire le coup du 11 septembre). Ce que tout cela signifie à long terme, c’est une menace sérieuse à l’expérimentation de la démocratie directe en cours au Rojava, que Washington interprète comme un retour du communisme. Kobané est devenu un énorme pion d’un jeu manipulé par Washington, Ankara et Irbil. Aucun de ces joueurs ne souhaite que l’expérimentation de la démocratie directe à Kobané et au Rojava s’épanouisse, s’étende et attire l’attention dans le grand Sud. Les femmes de Kobané sont non seulement en danger mortel d’être réduites à l’esclavage, mais aussi d’être amèrement trahies.


~ Why Regime Change Won't Stop ISIS in Syria... (Tony Cartalucci, Land Destroyer) ~

C’est encore plus inquiétant lorsqu’on voit le jeu de l’EIIS/EIIL/Da’ech à Kobané pour ce qu’il est essentiellement : une tactique de diversion, un piège pour l’administration Obama. Ce que les brutes du calife veulent vraiment, c’est la province d’Anbar en Irak, qu’ils contrôlent en grande partie, et la ceinture de Bagdad, d’une importance cruciale. Les barbares sont aux portes non seulement de Kobané, mais aussi de Bagdad.

Pepe Escobar

~ Traduit de l’anglais pour The Vineyard of the Saker par Daniel ~ via El Correo

Source originale de l'article : Turks, Kurds, Americans: the Kobani riddle (RT)


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